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Compte rendu d’activité du dentiste Jacques Taillefer

(Courrier qu’il a envoyé a un de ses confrères, intéressé par l’action mené par l’association et que j'ai agrémenté de ses photos)


Je suis  parti le 8 mars avec 80 kg de matériel dont un unit transportable : équipement qui permet de soigner les dents dans de bonnes conditions quand il n'existe pas de cabinet dentaire. Arrivé à Dakar à 23h après avoir transité par Madrid j'ai eu la mauvaise surprise de ne pas récupérer un de mes bagages. Ma mission était, de ce fait, fort compromise. Avec une chance inouïe j'ai retrouvé le sac égaré le lendemain dans un coin de l'aéroport. Le lundi matin à 5h30 j'ai pris la route en taxi brousse vers la Casamance. Si les compagnies aériennes européennes tolèrent une surcharge de bagages il n'en est rien pour Air Sénégal (20 kg), qui n'a qu'un petit avion sur la ligne Dakar Ziguinchor qui est toujours bourré.

Le mardi matin j'ai installé mon matériel dans le dispensaire d'Abéné. L'infirmier chef m'a affecté 2 infirmières diplômées bénévoles qui m'ont étonné par leur aptitude et l'intérêt qu'elles portaient au travail. Une heure après le cabinet était opérationnel et il y avait 20 personnes dans la salle d'attente.

               
Dispensaire                                                                          Salle d'attente


Deux objectifs : Amener les patients aux soins conservateurs plutôt qu'aux extractions (seul traitement connu dans la population) et le respect de l'hygiène. Les instruments étaient essuyés avec une lingette, mis à tremper dans une solution décontaminante, lavés et stérilisés dans un petit poupinel. J'ai travaillé de 9h à 14h et 17h à 19h. Les patients arrivent tous avec des bouches effroyables, il faut traiter les dents les plus atteintes, nettoyer et obturer les autres caries avec des pansements provisoires type IRM pour en arrêter l'évolution.

Mercredi matin je me suis rendu à Séléty, petit village frontalier de la Gambie où la population est très pauvre. L'AFSAS doit financer la réfection de la case santé très délabrée. J'ai fait une information à l'hygiène dans les classes de CI (classes dans laquelle les enfants d'origine Mandingue ou Diolas apprennent le Français) et de CP. Ces classes comprennent des effectifs de 60 à 70 élèves. J’ai parlé de l'importance des dents, des règles de base de l'hygiène, des maladies de la dent et de son environnement. Les enseignants, très méritants, se montrent toujours très coopérants, ils reprennent souvent dans les différents dialectes mes explications. J'ai pu remettre à chacun des enfants une brosse à dent et un tube de dentifrice en leur disant bien que l'essentiel était de se rincer la bouche avant le coucher.  

             
                              Soin sur des enfants d'Abéné                                              Pharmacie d'Abéné


Le lendemain je suis revenu à Séléty pour un examen bucco dentaire de ces même enfants, je m'attendais au pire or, à ma grande surprise, j'ai pu constater que si les dents lactéales étaient en mauvais état les dents définitives n'étaient pas trop atteintes. Issus de familles très pauvres ces enfants n'ont à leur disposition ni boissons sucrées ni bonbons et de ce fait peu de caries. J’envisage dans cette école une action au mois de décembre pour leur traiter ou sceller les dents définitives.

De retour à Abéné j'ai plié le cabinet dentaire pour me rendre dans l'île de Boun rejoindre une petite O.N.G. qui travaille dans quelques î les de Casamance. L'île de Boun se situe à 2h de pirogue de Kafountine, village proche d'Abéné.

 

   Ile de Boun                                                                      Ecoliers de Boun


Le jeudi vers midi j'étais à Boun, mon matériel débarqué fut aussitôt amené par les enfants du village dans une case prêtée aimablement par un villageois. Evidemment dans l'île il n'y a pas l'électricité, le président de l'asso m'avait assuré qu'il y aurait un groupe électrogène, or il n'y avait pas de groupe. C'est alors qu'un habitant m'a affirmé que le lendemain j'aurais un petit groupe électrogène. Avec beaucoup de scepticisme j'ai tout de même installé mon matériel.
Je me suis ensuite rendu à l'école qui comporte une classe unique d'une quarantaine d'élèves. Les enfants étaient en vacances scolaires de Pâques mais au son de la cloche de l'école, en quelques minutes tous les élèves avaient retrouvé leur place habituelle. Avec l'enseignant nous avons pu faire l'information à l'hygiène et distribuer brosses à dents, tubes de dentifrice et tee-shirts (fournis par l'UFSBD Dordogne). Les enfants très attentifs aux explications étaient tous ravis. 
 
Le vendredi matin j'avais un petit groupe électrogène, très petit, qui après maintes difficultés a fini par démarrer. Le compresseur ne se gonflait qu'à 3 bars au lieu des 5 nécéssaires mais turbine et micro-tour fonctionnaient, tout allait pour le mieux. J'ai pu réaliser des composites, des traitements canalaires, des amalgames et quelques extractions dans de bonnes conditions d'hygiène. Évidemment, il est plus simple d'extraire pour éradiquer la douleur, mais il est impossible de remplacer les dents manquantes car il faut savoir qu'il n'existe, en Casamance, aucun laboratoire de prothèse et que de toutes façons, la moindre prothèse, même de mauvaise qualité serait hors d'atteinte financière pour la plupart des patients. Avant de partir j'ai incinéré et enterré tous mes déchets médicaux. A 13h les femmes du village nous préparaient le repas toujours dans la plus grande convivialité.

Le lundi 21 mars j'ai remonté mon matériel à Abéné, j'ai travaillé dans ce dispensaire jusqu'au 30 mars. Le message était passé : les patients affluaient des villages voisins.
Au Sénégal il n'y a aucune couverture sociale bien sûr, néanmoins pour ne pas faire une population d'assistés nous avons établi une petite nomenclature afin de faire comprendre que la santé a un prix. Il faut savoir que le revenu moyen par famille est situé entre 15 et 50 euros pour les plus nantis. Beaucoup vivent de maraîchage ou de pêche. Le carburant est au même prix que chez nous et j'ai vu des pêcheurs qui ne pouvaient pas partir en mer parce qu'ils ne disposaient pas d'essence pour le moteur. La Casamance, grenier du Sénégal, produisait du riz, aliment de base de la population or ces dernières années il n'a pas beaucoup plu à la saison humide et, de ce fait, la production de riz a chuté, le riz est donc importé de Thaïlande et par voie de conséquence plus cher.
Donc nous faisons payer ceux qui le peuvent (3 euros pour une extraction, 7 euros pour une obturation mais très vite on arrive au forfait étant donné le nombre de dents à traiter par patient).
L'argent est remis au dispensaire pour l'achat de médicaments. Le dispensaire est sous la direction d'un infirmier responsable qui doit suivre des formations fréquentes. Il est géré par un Comité de Santé dont les membres sont choisis dans le village. 
La tâche est immense mais j'ai la satisfaction de retrouver un sens à mon activité de chirurgien-dentiste, alors que dans mon cabinet français, j'ai toujours l'impression de soigner plus des consommateurs que des patients.

 

                              Tablette de soin                                                                          Soin à Abéné


IL faut dire que ce travail a été possible grâce à la patience de Michel et Marie Thérèse qui m'hébergent et qui acceptent dans leur maison d'Abéné une quantité impressionnante de matériel
Pour améliorer l'hygiène je vais essayer de m'équiper d'une aspiration chirurgicale afin de ne pas avoir à manipuler la petite bassine en inox qui nous servait de crachoir.

 

                            Jacques Taillefer

                                               Dentiste membre de l'association

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